Nicolas Batum : l'art de tout faire, sans jamais chercher la lumière
Par Paul Fourny, Fondateur de HoopLevel
Pendant près de deux décennies, Nicolas Batum a été l'un des visages les plus réguliers du basket français.
Pas le plus gros scoreur. Pas le joueur le plus spectaculaire. Pas celui autour duquel une franchise NBA construisait systématiquement son équipe.
Mais un joueur capable de défendre plusieurs postes, de prendre un rebond, de créer pour les autres, de sanctionner à 3 points, de protéger le cercle et surtout de faire ce dont son équipe avait besoin.
De Portland à Los Angeles, en passant par Charlotte et Philadelphie, Batum a construit une carrière NBA de plus de 1 200 matchs. Avec les Bleus, son palmarès raconte encore davantage son importance : sept médailles internationales, dont l'or à l'EuroBasket 2013 et deux médailles d'argent olympiques, à Tokyo en 2021 puis à Paris en 2024.
Son histoire pose une question intéressante : comment mesurer la valeur d'un joueur qui fait presque tout, sans forcément remplir une feuille de statistiques ?
Les statistiques brutes
Après 18 saisons NBA, Nicolas Batum affiche :
- 1 205 matchs de saison régulière ;
- 9,6 points, 4,7 rebonds et 3,0 passes décisives de moyenne en carrière ;
- 43,6 % aux tirs et 37,1 % à 3 points ;
- plus de 1 200 matchs NBA, avec des passages à Portland, Charlotte, les Clippers et Philadelphie ;
- une carrière internationale de 177 sélections avec les Bleus au moment de sa retraite internationale ;
- un record personnel de 35 points en équipe de France, inscrit contre la Serbie à la Coupe du Monde 2014.
Ses meilleures statistiques NBA sur une saison sont venues en 2012-13, lorsqu'il tournait à 15,7 points, 4,6 rebonds et 4,9 passes avec Portland, tout en ajoutant 1,2 interception et 1,2 contre par match.
Mais réduire Batum à ses points serait passer à côté de l'essentiel.
Un joueur avant l'heure du "3&D"
Aujourd'hui, on parlerait immédiatement de 3&D lorsqu'un ailier est capable de défendre plusieurs positions et de sanctionner derrière la ligne à 3 points.
Batum incarnait déjà largement ce profil lorsqu'il arrive en NBA en 2008.
À 2,03 m, il pouvait défendre sur des extérieurs mais également monter en puissance face à des joueurs plus grands. Son intelligence lui permettait surtout de jouer sans avoir besoin du ballon en permanence.
Et son tir extérieur est devenu une véritable arme.
Sur l'ensemble de sa carrière NBA, il affiche 37,1 % à 3 points, un niveau particulièrement intéressant pour un joueur dont le rôle a souvent consisté à apporter de la valeur sans monopoliser les possessions.
Mais son véritable talent était ailleurs
Batum était un joueur de complément dans le meilleur sens du terme.
Il pouvait être :
- le défenseur chargé de prendre le meilleur extérieur adverse ;
- le joueur qui aide sur le porteur de balle ;
- le passeur secondaire ;
- le joueur qui coupe sans ballon ;
- le shooteur ouvert dans le corner ;
- le rebondeur supplémentaire ;
- ou celui qui prend une décision simple pour faire vivre une possession.
C'est particulièrement visible avec l'équipe de France.
À Tokyo en 2021, Batum a été le deuxième meilleur rebondeur, le troisième meilleur passeur et le meilleur contreur des Bleus pendant le tournoi olympique. En quart de finale contre l'Italie, il signe notamment 15 points et 14 rebonds, avant de réaliser le contre décisif sur Klemen Prepelič en demi-finale face à la Slovénie.
Ce n'est pas une coïncidence.
Son impact ne se trouvait pas uniquement dans la colonne "points".
Le capitaine d'une génération historique
Avec les Bleus, Batum a connu une génération qui a profondément changé la place du basket français sur la scène internationale.
Son palmarès international est particulièrement riche :
- 2011 : médaille d'argent à l'EuroBasket ;
- 2013 : médaille d'or à l'EuroBasket ;
- 2014 : médaille de bronze à la Coupe du Monde ;
- 2015 : médaille de bronze à l'EuroBasket ;
- 2019 : médaille de bronze à la Coupe du Monde ;
- 2021 : médaille d'argent aux Jeux Olympiques de Tokyo ;
- 2024 : médaille d'argent aux Jeux Olympiques de Paris.
En 2013, il joue notamment un rôle important dans le premier titre européen de l'histoire de l'équipe de France masculine. En finale contre la Lituanie, il inscrit 17 points, 6 rebonds et 3 interceptions.
Et en 2014, il signe probablement son match offensif le plus marquant sous le maillot bleu : 35 points contre la Serbie, avec 8 tirs à 3 points réussis sur 12.
Mais son héritage ne se résume pas à ces deux performances.
En 2024, après la médaille d'argent remportée à Paris, Batum met un terme à sa carrière internationale. Avec sept médailles, il devient le joueur français le plus médaillé de l'histoire des sélections françaises de basket.
Une carrière NBA sans All-Star Game
C'est probablement l'un des éléments les plus intéressants de son parcours.
Batum n'a jamais été sélectionné pour un All-Star Game NBA.
Il n'a jamais été le joueur qui tourne à 25 points par match ou qui construit sa réputation autour de highlights.
Pourtant, il a réussi à rester 18 saisons en NBA et à dépasser les 1 200 matchs de saison régulière.
Cela raconte quelque chose d'important sur la valeur d'un joueur.
Dans une équipe de haut niveau, tout le monde n'a pas besoin d'être la première option.
Certains joueurs sont précieux parce qu'ils savent exactement ce dont l'équipe a besoin.
Batum a construit sa carrière sur cette capacité.
La fiche HoopLevel
Sur l'échelle HoopLevel, contexte NBA, à son sommet :
- Tir : 84. 37,1 % à 3 points en carrière NBA, avec la capacité de sanctionner lorsqu'il est laissé ouvert.
- Défense : 88. Sa polyvalence défensive et sa capacité à défendre plusieurs profils ont constitué une partie majeure de sa valeur.
- Passe : 85. Un excellent créateur secondaire pour un ailier, capable de faire circuler le ballon et de trouver ses partenaires.
- QI basket : 93. Probablement son domaine le plus fort : lecture du jeu, placement, timing et compréhension de ce que demande une possession.
- Athlétisme : 82. Une vraie mobilité et une bonne capacité à jouer au-dessus du cercle, notamment dans sa jeunesse.
- Mental : 94. Longévité, capacité à accepter différents rôles et performances importantes dans les grands rendez-vous internationaux.
- Dribble : 78. Suffisant pour créer et attaquer, mais loin d'être son principal registre.
OVR : 88.
Un profil qui illustre parfaitement une idée essentielle : un joueur peut avoir une valeur énorme sans être une machine à statistiques.
Ce que HoopLevel en retient
Nicolas Batum est un excellent exemple pour les jeunes joueurs qui veulent progresser intelligemment.
À retenir :
- ne pas confondre statistiques et impact ;
- apprendre à jouer sans ballon ;
- développer plusieurs compétences plutôt qu'une seule ;
- comprendre ce que demande son équipe avant de chercher à se mettre en avant ;
- la défense, la passe et le placement peuvent avoir autant de valeur qu'un gros scoring ;
- la polyvalence augmente considérablement la valeur d'un joueur ;
- savoir accepter un rôle différent est aussi une compétence.
Batum n'a pas construit sa carrière en essayant d'être le meilleur partout.
Il l'a construite en devenant utile partout.
Et c'est peut-être l'une des meilleures définitions d'un joueur complet.
Nicolas Batum n'a jamais eu besoin de dominer les statistiques pour dominer son rôle. Sa carrière rappelle une chose simple : le basket ne récompense pas uniquement celui qui marque le plus. Il récompense aussi celui qui comprend le mieux ce dont son équipe a besoin.
